Hypnose et recherche sur la douleur
La réduction ou la suppression de la douleur (analgésie) est l'un des effets les plus remarquables de l'hypnose et de la suggestion. Il y a trop d'études pour qu'elles puissent être résumées en une section, les études cliniques sont revues dans la section douleur clinique, et les recherches plus fondamentales sont revues ici.
Recherche sur l'analgésie hypnotique
A part le fait que la réduction de la douleur grâce à l'hypnose soit efficace, et que les suggestions et les attentes de soulagement la douleur en soit une composante importante (cf plus bas), la plupart des recherches sur l'analgésie hypnotique ont démontré quels facteurs ne sont pas impliqués dans ce phénomène.
L'analgésie hypnotique dépend de la suggestion
Un facteur clé souvent négligé est que l'induction de l'hypnose en elle-même ne génère pas de soulagement de la douleur. C'est la suggestion dans le contexte de l'hypnose, ou tout du moins l'attente de soulagement qui amène la réduction de la douleur. Un nombre d'études ont spécifiquement étudiés le soulagement à la suite d'une induction hypnotique, ou d'une induction hypnotique + une suggestion spécifique (Knox et al, 1974; Zachariae et al, 1998)..
L'analgésie hypnotique ne dépend pas des endorphines
Une ancienne explication de l'analgésie hypnotique était que ce phénomène puisse être dépendant du système naturel de réduction de la douleur- le système opioïde endogène. Goldstein et Hilgard (1975) ont directement testé cette hypothèse en administrant de la Naloxone, un antagoniste des opioïdes, à des participants expérimentant une analgésie hypnotique. Ils ont montré que l'analgésie n'était pas modifiée par cette inhibition du système opiacé, indiquant donc la présence d'un autre mécanisme. Weitzenhoffer a lui aussi suggéré que les opiacés endogènes ne sont pas la source de l'analgésie hypnotique, à cause de la rapide réversibilité et de la spécificité (i.e. l'analgésie hypnotique peut être dirigée sur un endroit, laissant un autre normal).
L'analgésie hypnotique ne dépend pas de la relaxation
Bien que de nombreuses inductions contiennent des éléments de relaxation, il a été proposé que toutes les propriétés de soulagement de la douleur par l'hypnose pourraient être due à la relaxation. Cependant, cette hypothèse a été testée expérimentalement par Miller (1991) qui a donné des suggestions d'analgésie à 2 groupes : le premier groupe était hypnotisé avec une méthode traditionnelle de relaxation, le second avec une induction « active-alert » pendant qu'ils faisaient du vélo d'appartement. Ils ont trouvé que les deux groupes avaient une expérience subjective de soulagement de la douleur équivalente, contredisant ainsi l'idée que les effets de l'hypnose sont simplement dus à la relaxation.
L'analgésie hypnotique ne semble pas dépendre de l'imagerie
Bien que l'imagerie soit souvent une composante clé de l'utilisation clinique de l’hypnose, une étude a directement testé les effets additifs de l'imagerie aux suggestions hypnotiques. Hargadon et al. (1995) ont testé 66 participants hautement susceptibles à l’hypnose dans 3 conditions expérimentales: ligne de base, analgésie hypnotique avec encouragement à l'imagerie et analgésie hypnotique avec imagerie proscrite. Le score de douleur était significativement plus bas dans les 2 conditions d'analgésie hypnotique part rapport à la ligne de base et il n'y avait pas de différence entre les 2 conditions sous hypnose. En contraste à ce résultat, beaucoup de cliniciens rapportent que l'utilisation de l'imagerie dans l'hypnose est particulièrement utile pour aider les patients à s'engager dans le traitement, mais plus d'études sont nécessaires pour clarifier le rôle précis de l'imagerie dans la réponse à l'hypnose.
L'impact de l'hypnose sur la recherche sur la douleur
En plus de nous en dire plus sur l'hypnose et la suggestion, un certain nombre d'études ont ajouté un effet de feed-back et nous dise plus sur la nature du système de la douleur chez l'homme.
Modulation du désagrément de la douleur indépendamment de la composante sensorielle
En 1997, Rainville et al. ont publié une étude de référence dans laquelle ils étudiaient les corrélats neuronaux de la douleur chez l'homme. En utilisant la tomographie par emision de positrons (TEP), ils ont mesuré l'activité du cerveau dans un groupe de sujets hautement hypnotisables lorsqu'ils trempaient leur main dans un bac d'eau soit à température neutre (35°C) ou douloureuse (47°C). Les suggestions hypnotiques d'augmentation ou diminution de désagrément de la douleur ont été proposées aux participants et leur rapport verbal a étét enregistré.
La figure ci-dessous montre l'aire du cortex cingulaire antérieur trouvé par Rainville dont l'activité corrèle avec le rapport verbal d'inconfort des sujets. De façon intéressante dès 1962, on avait suggéré un rôle de cette aire du cerveau dans la perception de désagrément de la douleur.

Legend : les images couleurs montrent l’aire du cortex cingulaire antérieur (CCA) dont l’activité corrèle avec le sentiment de désagrément (Rainville et al. 1997). Les images noir et blanc de Folz & White (1962) montrent le positionnement de sondes pour produire des lésions dans la même région du CCA qui produit une réduction de la sensation désagréable de la douleur.
Utilisation de l'hypnose sans stimulus nociceptifs
Derbyshire (2004) a publié une étude ou ils investiguaient la douleur fonctionnelle (sans cause physique évidente) chez des sujets hautement hypnotisables lorsqu'ils expérimentaient une douleur physique (DP) une douleur hypnotique (DH) ou une douleur imaginée (DI). Les participants ont été présélectionnés pour leur capacité à halluciner une sensation de douleur. Dans les conditions DH et DP, les participants attendaient qu'une sonde thermique délivre une température douloureuse sur leur main. Cependant une température douloureuse n'était délivrée que dans la condition DP et les participants rapportaient quand même une variation de la sensation douloureuse dans la condition sous hypnose.
Dans les conditions DP et DH, ils ont trouvés des activations dans les régions de la matrice neuronale de la douleur, qui comprend le thalamus, l’insula, le cortex cingulaire antérieur et le cortex préfrontal. De plus, des activations dans le cortex somatosensoriel furent observées dans la condition hypnotique. La condition imagination donnait des activations minimes dans le réseau de la douleur. Ces résultats indiquent qu'il est possible d'expérimenter la douleur en l'absence de stimulation directe, et fourni des évidences pour une implication directe du cortex dans certaines douleurs fonctionnelles cliniques. Des résultats similaires ont été obtenus par Raij et al. (2005).

Legend : activations de la douleur rapportées par Derbyshire (2004) en réponse à un stimulus douloureux (rouge), induit par hypnose (bleu) ou imaginé (vert).